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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 13:17

2 canots negocies, c'est fait. Apres une bonne enervee avec les escrocs du coin, Kakarbita et Chotine accompagnees des 10 sacoches Ortlieb embarquent sur la premiere embarcation, Joseba et moi suivant a bord du second tronc d'arbre. L'inquietude de voir sombrer nos biclous dans les eaux boueuses du fleuve Omo n'avait pas raison d'etre, le plus dur finalement etant de remonter tous les bagages sur l'autre rive escarpee.

 

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 un peu crispee dans ce tronc d'arbre!

 

On interroge les locaux pour la piste sensee mener au Kenya. La reponse semble etre simple. Tout droit, direction ma main. Oui, quelques mini villages au passage habites par les tribus Darsenachs, ensuite le check post de la police Ethiopienne, suivi du check post Kenyan et ensuite le lac Turkana devrait apparaitre. La piste? Elle est bonne! Beaucoup de sable! Ca, ca nous arrange moins. Facile a suivre? OUIIIII, tout droit!

 

Les explications etant donnees, seules les distances restent floues, la notion kilometrique n'etant souvent pas le fort des locaux se deplacant a la marche.

 

Qu'en sera-t-il de la realite? On est prepare a un peu pres tout, ayant lu 2 temoignages de cyclistes ayant passe par la dans le passe. Chaud, jusqu'a 57 · C parait-il, prenez de l'eau, minimum 15 litres chacun, l'eau du lac etant sale. La piste, confuse, pas facile a dechiffrer, sablonneuse, vive le poussage. Provisions indispensables, pas de possibilite de ravitaillement pour la prochaine semaine.

 

En avant, on a hate de decouvrir notre propre realite!

 

Un tantinet anxieux, on s'elance en direction du Kenya. On garde le cap, Sud-Ouest. La piste est bonne, incroyable, les premiers 10 km sont un jeu d'enfants. Les Darsenachs sont bien la, blottis dans leurs huttes sommaires. Les quelques eux que l'on croise sont des plus anti-pathiques, ca nous surprendra moins demain (...).

 

Zone desertique, on frole le fleuve Omo de temps a autre, puis la piste s'eloigne et soudain se divise. Ca c'etait pas prevu. Le doute est seme, on hesite, se consulte et optons finalement pour celle de droite, la plus frequentee. Sera-t-elle la bonne? Seule facon de le savoir, essayer.

 

C'est ce que l'on fait, encore une tribu a l'horizon, ca tombe bien, rien de mieux que d'interroger les locaux en cas de doute. Le respectable vieillard nous mime le chemin, la direction me plait, une montagne semble etre dans sa ligne de mire et la fin de sa phrase nous convainc: Kenya! Ca on le comprend.

 

On y va, la piste devient de plus en plus floue, sablonneuse, les roues s'enfoncent davantage, le poussage s'opere, on avance au ralenti. Le soleil brule, nos reserves d'eau sont toujours honorables, je poursuis en paix, convaincue de progresser dans la bonne direction, lentement mais surement.

 

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Voila 22 km qu'on lutte peniblement et soudain, deux batisses semblant etre abandonnees en point de mire, legerement perchees sur une dune de sable. Serait-ce "la douane" Ethiopienne?

 

Confirmation 2 km apres, quelques hommes torses nus y errent, on les salue et les bombarde de nos questions:

- ou est le poste de police Ethiopien?

Ici!

- Ah! (s'exclame-t-on pour le moins surpris, je sais pas pourquoi je m'attendais a voir un uniforme quelque part). Et la frontiere Kenyane c'est par ou?

Par la!

- Et la piste?

Le gentil douanier nous fait un grafiti dans le sable, seul 2 intersections traitresses en vue. Le cap est simple, toujours Sud-Ouest.

 

Repos a l'ombre etant pris, on se remet a notre tache du jour, etape 2, passer ce "NO Man's land" et entrer en terre Kenyane.

 

Le plan de route du douanier est parfait, on ne reussit meme pas a s'egarer dans cette etendue desertique. Seul le sable nous ralentit. 12 km et 1 heure et demie plus tard, 1 drapeau aux couleurs du Kenya flotte dans le ciel bleu du coin. A nouveau, quelques batisses dans un etat de delabrement avance au milieu du desert, quelques militaires Kenyans et un accueil que j'attendais depuis longtemps. Je ne suis pas decue. "Karibou" - Welcome to Kenya. Sourires et dents blanches en prime.

 

L'interrogation suit, gentille. Impossible d'obtenir le tampon d'entree a cette frontiere, ils nous laissent neanmoins entrer en nous demandant simplement de tamponner notre visa a l'occasion, retrospecivement. Tout parait si simple ici.

 

Soudain, un avion dans le ciel, survol bien bas, toutes les tetes s'agitent, les hommes en kaki grimpent dans la jeep qui ne veut pas demarrer. Le branle bat de combat ne semble pas habituel. L'explication tombe quelques instants apres, tout s'eclaircit soudain:

- a bord de l'avion juste atterri etait le Premier ministre Kenyan

- la raison de sa visite est due a la tuerie d'il y a 8 jours!?

... quelle tuerie s'interroge-t-on?

- les affrontements entre les 2 tribus voisines: les Darsenachs cote Ethiopien et les Turkanas du cote Kenyan. Au total pas moins de 30 morts, les victimes etant Kenyanes.

 

La zone conflictuelle ne date pas d'aujourd'hui. Ils totalisent maintenant 300 morts en pas moins de 2 ans. La raison est simple: EAU. Les Darsenachs tentant de conquerir le territoire occupe par les Turkanas ayant l'avantage d'exploiter les eaux du lac. Peche, eau pour les plantations, ca semble s'expliquer.

 

Avec une petite retrospective, on comprend maintenant la raison des AK 47 poses sur les epaules des 2 tribus. La surprise sur le visage des habitants du coin de voir 2 "whites" se promenant dans cette zone conflictuelle s'explique aussi.

 

On ne s'attarde pas vraiment dans le coin et questionne a nouveau la police Kenyane a propos de nortre route. Ou se trouve le prochain village? Y a-t-il de l'eau? Possibilite d'y passer la nuit?

Les reponses sont enchanteresses. Oui, eau il y a, et mieux que ca, une mission catholique d'origine espagnole y est installee. Divinite! On file, tours de pedales a toute allure, les 8 km nous en separant sont avales.

 

La mission est sans dessus-dessous, le premier ministre y prenant son lunch en compagnie du Pere Steven, ce dernier etant au milieu du conflit des 2 tribus. Une semaine auparavant, il ramassait les restes des corps eparpilles des membres de sa communaute. Les news tournent en boucle sur la chaine televisee nationale, enfin une personne de haut rang a fait le deplacement dans ce coin recule du pays.

 

L'avion du Premier ministre decolle, le calme revient. Les missionnaires nous accueillent, en vitesse neanmoins. Ils desertent, ayant decide de se refugier dans la mission voisine. Ils tentent de nous rassurer: vous pouvez camper ici, pas de probleme, mais pour votre securite, ne sortez pas de l'enceinte de la mission. Interdiction de se balader en direction du lac!! Mais pas de problemes, le staff reste ici, nous en s'en va, le coin est sur... rien de moins sur, le doute est jete!

 

On fait ami-ami avec les Kenyans, une douche nous est offerte, pas de refus, mon t-shirt etant suinte de sueur. On mange les restes du buffet du Premier ministre et filons sous la toile de tente.

 

Surpris, la nuit fut bonne.

Notre petit dej' se passe en compagnie de pas moins de 500 mouches en folies, on ne fait pas trainer la chose, en selle!

 

Le road book a ete dresse dans l'intervale, le coin est truffe de missions catholiques. L'eau ne sera pas un probleme, la navigation non plus, trouver refuge pour la nuit encore moins. Seul l'effort physique persiste, le sable produisant son effet negatif pour toutes roues de velo qui se respectent.

 

Le paysage est magique, aucun trafic, les seules rencontres que l'on fera seront au nom de Turkana, cette tribu persecutee. Les saluts sont conviviaux, malgre les armes antipathiques.

 

Etape no 1 - Mission des soeurs: accueil du tonnerre. Il est 11h00 seulement et pourtant on reve d'y faire etape pour la nuit, encore un paradis.

Un coup de pied ou je pense, on remonte en selle, Soeur Esther nous promettant une autre mission dans 24 km. Du sable, oui, beaucoup, mais un point de mire reconfortant. Ne manquez pas l'embranchement menant a cette fameuse mission, elle se trouve 4 km en dehors de la piste principale. Ok, mais comment deviner, pas de signalisation dans le coin et personne a qui demander main forte?!

 

Super Esther nous fait une description qui tue. Dans 24 km, lit de riviere tres sabloneux, enorme, 300 m de large. En son milieu, une bifurcation discrete. C'est elle qu'il ne faut pas manquer, elle conduit sur la droite, une petite colline en retrait, une mission y est perchee.

 

C'est fait, accueil no 3, ca parle espagnol ici aussi. Je ne vous decris pas le menu du jour, ca devriendrait indecent pour le coin recule dans lequel on se trouve.

 

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 precieuse eau, meme de quoi se faire une lessivette

 

Etape no 4, nos hotes sement le doute. La piste devient inroulable a velo, vous avez meilleur temps d'attendre samedi (cad 3 jours), un vehicule va partir en direction de Kalokol, notre destination. Ca nous fait reflechir. En meme temps, notre esprit sceptique n'est pas en mode veille. Ok, du sable, mais ils ne sont pas cyclistes. Jusqu'ici, on s'est debrouille, on a pousse, parfois longuement. Mais on a avance, en moyenne 50 km par jour. Pourquoi notre avance ne devrait pas se poursuivre?

 

On decide de tenter la suite, malgre les mises en garde. On en conclut qu'au pire, on attendrait 2 jours en bord de piste que le vehicule de la mission passe. De l'eau, on en trouverait bien quelque part et nos reserves de nourriture sont encore honorables, donc pas de quoi s'enerver.

 

On remercie nos hotes, et partons, dans l'incertitude tout de meme.

 

On se felicite a chaque km parcouru de n'avoir pas encore pose le pied a terre. Quelques mini-bleds se succedent, leurs huttes jonchent les bords de la piste. Les habitants sortent de leur "panier geant", nous saluant d'un "Jambo" si enthousiaste qu'il rebousterait notre moral.

 

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Mission no 4, au milieu du village de Kataboy, 2 Peres d'origine Ugandaise nous accueillent cette fois-ci. Vous prendrez bien un soda chaud?

- j'en revais de ce coca, a defaut d'un frigo, va pour le "chaud"

 

La nuit sous la toile de tente est etouffante et transpirante, on reve d'une petite brise, seules les etoiles pour nous distraire.

 

Kalokol est en vue, le Pere Bruno nous pronostique 24 km. Du sable, oui, encore.

 

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La realite est au nombre de 29 km, par contre le tarmac promis est bel et bien la. En tres mauvais etat, mais j'admets, j'appelle ca de l'asphalte aussi.

 

On celebre notre traversee des rives du lac Turkana, soda "frais"!

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Published by Joseba & Co' - dans AFRICA
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commentaires

louis 22/05/2011 11:20


Passionnant de suivre vos aventures par procuration au travers de vos récits et des magnifiques photos qui les illustre. Bonne continuation et à bientôt


Laetitia 19/05/2011 21:40


Hello, je vous trouve bien courageux tous les deux... car faire du vélo sur ou dans des pistes si sablonneuses...
Je suis avec grand intérêt ce périple en Afrique, j'aime bien ta façon de raconter vos aventures...
Merci
Laetitia


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