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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 18:29

 

LE QUOTIDIEN JURASSIEN (April 2012)

 

article QJ

 

 

« Elle embrasse le monde d'un coup de pédale »

 

Effort d'imagination: se poser sur un tarmac à Téhéran, monter à califourchon sur un vélo et poser le pied, quatre ans plus tard, au bout du monde à Ushuaia.

Ce voyage surréaliste, Corinne Maire, de Reconvilier, le réalise, physiquement s'entend, alors que d'autres peinent même à en rêver.

Elle raconte cette expérience extraordinaire avec les mots simples d'une cycliste qui porte la planète entière sur son porte-bagages.


«Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins, à bicyclette...» Non, Yves Montand n'a pas chanté en pensant à Corinne Maire, mais il aurait pu. La jeune femme de 35 ans s'est en effet levée un bon matin, le 1er mai 2009, pour partir sur les chemins de l'Iran, de l'Ouzbékistan, du Tadjikistan, du Kirghizstan, de la Chine, du Pakistan, de l'Inde, du Népal, du Sri Lanka, de la Thaïlande, du Laos, du Tibet, de la Mongolie, du lapon et de la Corée, où elle est arrivée en décembre 2010.


La soif de découverte ne s'est pas tarie. Aussi est-elle repartie, pour le Continent noir cette fois. Elle a donné son premier coup de pédale le 19 février 2011 au Caire, puis a glissé vers le sud en traversant le Soudan, l'Ethiopie, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, le Malawi, la Zambie, le Botswana, le Zimbabwe, le Swaziland, le Lesotho et l'Afrique du Sud. Elle a posé le pied au cap de Bonne Espérance, face au spectacle de l'étreinte éternelle des eaux des océans Atlantique et Indien.


Piquée par l'aiguillon du voyage et soumise à son inflexible empire, elle s'est à nouveau envolée, le 15 janvier 2012, pour Houston, au Texas, avec son ami basque Joseba Perez, rencontré à Téhéran. Deux mille kilomètres et deux mois plus tard, elle accorde à ses mollets quelques jours de repos et répond aux questions du Quotidien jurassien depuis la péninsule mexicaine du Yucatán.

Comment avez-vous vécu votre traversée de l'Iran?

C'était mon premier pays et il m'a profondément marquée. Pas pour ce que les médias en montrent, mais pour l'accueil que j'ai reçu, à l'exact opposé de la réputation du pays. Demander une direction revient à se faire escorter jusqu'à l'adresse voulue. Demander où dormir équivaut à se faire inviter, avec un repas gargantuesque.

Est-ce que le fait d'être une femme vous a posé des problèmes?

Mon rapport aux Iraniennes s'est avéré divin. Elles étaient éberluées de me voir seule à vélo, heureuses de constater que c'était possible. Pas pour elles, mais possible quand même. Bémol, dans ce pays musulman, le fait que je me balade à vélo sans mari était parfois mal interprété. Cent fois par jour on m'a fait des avances, et j'ai vite appris la leçon: pas de camping sauvage en Iran, ne jamais accepter d'invitation à la maison si l'épouse n'est pas présente...

Et le Pakistan?

C'est un autre niveau. On y pratique un islam hyperconservateur, à l'exception des régions montagneuses du nord, notamment dans la vallée de Hunza. J'ai parfois senti que je n'étais pas la bienvenue, qu'une femme n'a rien à faire sur un vélo. Des enfants m'ont jeté des pierres. Les vieillards tournaient la tête à mon passage. A Gilgit, une ville de taille moyenne, on ne voit aucune femme dans la rue, aucune paire de jeans, seulement des habits traditionnels. Une visite chez le tailleur du coin est vivement conseillée.

Hosni Moubarak a démissionné le 11 février 2011. Vous êtes arrivés au Caire le 19 février. Hasard?

Vu l'agitation, notre compagnie aérienne avait suspendu notre vol. Nous l'avons reporté à l'après-Moubarak. Nous avons senti le frémissement du Printemps arabe. Tahrir Square fleurait bon la liberté, l'espoir à plein nez. Les Egyptiens parlaient de politique, ce qu'ils ne faisaient que rarement avant. Leurs modestes connaissances en anglais leur permettaient de scander «Moubarak Out!»

Plus au sud, vous avez traversé des zones de l'Afrique où on rencontre une faune plutôt... gourmande. Comment avez vous géré la proximité des fauves par exemple?

Je pense que l'homme est plus à craindre que l'animal, qui n'attaquera que s'il a faim, peur ou s'il doit protéger sa progéniture. Nous avons côtoyé des éléphants. On se sent tout petit sur son vélo... Nous n'avons jamais vu de lions, mais les avons entendus bien des nuits aux alentours de notre tente. Dans le microcosme des cyclo-voyageurs, il se raconte qu'un lion n'attaque pas si on est dans sa tente. J'aime à y croire!

Pourquoi avoir choisi le vélo pour voyager?

Pour sa lenteur, la liberté et la proximité qu'il offre. Inévitablement, le voyage à vélo implique des étapes dans des «bleds de la mort», où aucun touriste ne songerait à s'arrêter. Pourtant, c'est bien là que nous faisons nos plus belles rencontres.

Du Mexique, vous allez poursuivre vers le sud. Est-ce qu'Ushuaia marquera la fin de votre voyage?

Ushuaia est en point de mire et nous espérons y arriver un jour. Nous avons appris que les plans existent pour être modifiés. La route s'écrit au gré des rencontres et on ne décide pas grand-chose. Le chemin est plus important que la destination...

Une conclusion qu'aurait approuvée Albert Einstein, qui «adorait voyager, mais détestait arriver».

 

Propos recueillis par ARNAUD BERNARDIN

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Published by Joseba & Co' - dans PRESS RELEASE
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